Interview d’Emmanuelle Chaptinel : Réflexes archaïques : quels impacts sur le développement de nos enfants ?
Un enfant qui bouge sans cesse sur sa chaise, qui a des difficultés à apprendre à lire, qui pique des colères interminables, qui fait toujours pipi au lit à 6 ans… Et si cela avait un lien avec les réflexes archaïques ? Ces derniers ont effectivement un impact sur le développement des enfants lorsqu’ils ne sont pas intégrés.
Pourquoi ne sont-ils pas toujours intégrés ? Quel va être l’impact ? Et comment faire suivre une thérapie à son enfant ? On vous explique tout avec les conseils d’Emmanuelle Chaptinel praticienne psycho-corporelle, formatrice Brain Gym® et réflexes archaïques.
Les réflexes archaïques : qu’est-ce que c’est ?
Les réflexes archaïques (ou réflexes primitifs) sont des mouvements automatiques et involontaires que les bébés exécutent en réponse à des stimuli sensoriels ou moteurs. Ils sont essentiels pour le développement physique et neuro-sensoriel et moteur des nourrissons (et des adultes qu’ils deviendront). « Chacun d’entre eux apparaît, s’active, avant de disparaître (s’intégrer) pour laisser place à un mouvement volontaire et contrôlé », précise Emmanuelle Chaptinel.
Ces réflexes aident à la survie en favorisant la succion, la préhension et les réponses de défense. Ils constituent également les bases du développement moteur. En progressant, ces réflexes évoluent en compétences motrices plus complexes, comme la marche. Ils contribuent à la coordination, à la motricité fine et à la compréhension de l’espace. « Ces réflexes vont aider les bébés à vivre leur première année », explique-t-elle.
Théoriquement, ils sont intégrés naturellement à l’âge de 3 ans, mais pas toujours (et pas tous).
Pourquoi les réflexes archaïques ne s’intègrent-il pas, parfois ?
Plusieurs facteurs sont possibles ! Cela peut être la conséquence d’un dysfonctionnement neurologique (pathologie), d’origine génétique ou d’origine environnementale.
Cela peut être lié à un stress durant la grossesse ; à un accouchement difficile ou une césarienne ; à un cordon autour du coup à la naissance ; à une naissance prématurée ; à une péridurale ; à un traumatisme ; ou encore une maladie…
Durant la première année du nouveau-né, tout ce qui entrave ses mouvements peut bloquer l’intégration des réflexes archaïques. Cela peut être un bébé qu’on laisse (trop) longtemps dans le cosy, le transat ou le parc par exemple. Car dans ces situations, il ne pourra pas bouger comme il le souhaite et réaliser les mouvements essentiels à l’inhibition de ces réflexes. D’où le rôle si impactant de la motricité libre !
« Tout ce qui n’est pas naturel (comme une péridurale, une césarienne ou des forceps) peut bloquer ce processus », explique Emmanuelle Chaptinel. Pas de panique, cela ne veut pas dire que c’est systématique et n’oubliez pas qu’une césarienne peut saveur la vie du bébé (et/ou de la maman), donc ce n’est pas toujours un choix. La bonne nouvelle : cela se travaille !
L’impact sur le développement de l’enfant : pourquoi cela peut poser problème
Un petit caillou gênant pour le développement cognitif, émotionnel et postural de l’enfant :
« Lorsqu’un réflexe archaïque n’est pas intégré, c’est comme s’il manquait un maillon de la chaîne. Cela touche tout autant la sphère cognitive, qu’émotionnelle ou posturale. Cela agit comme un parasite pour le cerveau de l’enfant. Il capte une grande partie de son énergie et de son attention, et l’empêche de se développer dans d’autres domaines comme l’écriture ou la lecture par exemple », explique la professionnelle.
Ainsi, le système nerveux se trouve surchargé par toutes ces informations parasites… et les apprentissages se trouvent affectés. C’est ainsi que l’on retrouve de nombreux enfants éprouvant des troubles de l’attention (TDA), mais aussi de troubles d’apprentissages, appelés DYS (tels que la dyslexique, dyspraxie, dysphasie ou encore dyscalculie, dysgraphie et dysorthographie).
Attention toutefois : les troubles DYS et de l’attention (TDA), sont des troubles neurologiques. Ils n’ont pas été obligatoirement engendrés par une non-intégration des réflexes archaïques, mais il peut toutefois y avoir des répercussions. Un enfant ayant l’un de ces troubles les aura toute sa vie. Mais cela offre une piste aux parents en parallèle de la médecine traditionnelle pour atténuer les conséquences.
Quelques exemples de répercussions chez les enfants concernés :
Sur le plan émotionnel, on se retrouve face à des enfants qui ont des difficultés à s’endormir, qui ont peur du noir ou qui ont des difficultés à contrôler leurs émotions. Ils sont souvent considérés comme hyperémotifs. Ils auront moins confiance en eux et se sentiront souvent en insécurité.
Sur le plan corporel, ce sont des enfants qui, bien souvent, ne tiennent pas en place sur leur chaise, enroule leur cheville autour de la chaise, ont des difficultés à attraper une balle ou à tenir en équilibre, sont parfois maladroits…
Sur le plan cognitif, ce seront des enfants avec des troubles de l’apprentissage, souvent repérés avec des troubles DYS ou un trouble de l’attention. Il aura des difficultés à apprendre à lire ou à tenir son crayon par exemple.
Une thérapie pour intégrer les réflexes archaïques
Puisque les réflexes sont censés être intégrés à l’âge de 3 ans, il peut être bon de vérifier cela avec un professionnel formé aux réflexes archaïques à ce moment-là ou, au plus tard, avant l’entrée en CP.
Chaque praticien a sa propre méthode. Mais cela commence toujours par un bilan des réflexes primitifs, puis des séances en cabinet et des petits jeux ou massages à faire à la maison (pendant 5 minutes). « De mon côté, le suivi se fait sur une année scolaire. Je donne toujours la priorité à l’enfant. Je préfère travailler sur ce qui va permettre de débloquer la situation plutôt que sur un point demandé par les parents », explique Emmanuelle Chaptinel. « Parfois, je travaille les réflexes les uns après les autres, tout simplement. Cela dépend de ce que je ressens chez l’enfant ».
Durant les séances, elle pratique des petits jeux pour que ce soit « fun » pour l’enfant et qu’il ne voit pas cela comme une contrainte. « L’idée est que le réflexe devienne un mouvement conscient. Ainsi, on enlève une partie du parasite et le cerveau de l’enfant est davantage disponible. On travaille pour augmenter le temps de ressources pour les apprentissages. On sécurise d’abord le territoire et les émotions de l’enfant. Une fois que le socle est prêt, le plus gros est fait. Cela peut débloquer plein de choses », poursuit-elle.
Plusieurs méthodes sont proposées selon les formations des praticiens : la Brain Gym®, l’Intégration Motrice Primordiale® (IMP), leBlomberg Rythmic Trainic® ou encore le Rythmic Movement Training® (RMTi).
Conclusion
L’intégration des réflexes archaïques apporte une belle piste à explorer pour les parents d’enfants en difficulté. Ce n’est pas un remède miracle. Mais cela peut considérablement améliorer leurs capacités. D’ailleurs, de nombreux sportifs de haut niveau essaient d’améliorer leurs performances grâce à des séances en lien avec les réflexes primitifs !



